Aubervilliers : « un ghetto où tout est à portée de main »

Vendredi 14/12/2007 | Posté par extramuros

En août dernier, la mairie d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) relogeait des familles Roms dans des mobil home. Au premier abord ce projet était un exemple d’intégration pour cette population souvent mise en marge de la société. Une intégration qui rime aujourd’hui avec ghettoïsation.

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Quitter la boue, les rats crevés et les baraquements pour des habitations chauffées, avec eau et électricité : a priori l’idée est séduisante. Les quelques 80 Roms sélectionnés pour participer à ce projet mis en œuvre par la commune d’Aubervilliers en août dernier, se disent ravis de l’initiative. Il est vrai que leur mode de vie actuel n’est rien comparé à l’enfer des camps clandestins de Seine-Saint-Denis où ils subsistaient avant de connaître le « confort » des mobil home.  
 

La mairie d’Aubervilliers n’a pas donné suite à notre demande (voir nos articles précédents sur les familles exclues du programme ainsi que la présentation du programme, qui donne lieu à une première crispation de la mairie). C’est donc par l’intermédiaire de bénévoles de l’association Parada, qui s’occupe de la réinsertion sociale des enfants marginalisés - notamment roms - à travers les arts du spectacle, que je me suis rendue dans ce camp. Après les formalités d’usage auprès de l’un des gardiens qui surveillent le camp nuit et jour, me voilà rentrée. Entourées de hauts murs surmontés de barbelés, une vingtaine de maisonnettes blanches se font face. Pas un arbre pour égayer ce triste paysage. Ici les graviers ont remplacé la boue et il n’y a pas un mégot à terre. Les stores des mobil home sont tous baissés. Le camp semble désert. Pourtant en frappant aux portes des habitations, je me rends vite compte que les Roms se trouvent chez eux en compagnie de membres de leur famille vivant dans des camps voisins mais clandestins.

 
Cet après-midi là, a lieu sur place un atelier théâtre avec les enfants du camps ; une façon pour eux d’oublier leur morne quotidien. Au menu : jeux, improvisations théâtrales, chants et danses. Les bénévoles de l’association ne se rendent pas seulement à Aubervilliers. Ils travaillent également aux côtés des enfants Roms de Saint-Ouen ou de Saint-Denis. « Ici, c’est plus facile, explique Sibille, salariée à Parada. Les enfants parlent français et on a un local. A Saint-Ouen, on est obligé de faire ça dehors. Ce n’est pas évident en hiver ».

   

Dans ce camp d’Aubervilliers, chaque enfant est scolarisé. Des cours de français et de soutien scolaire sont dispensés chaque semaine. Des travailleurs sociaux accompagnent les adultes dans leur difficile tentative de décrocher un emploi. Tout est fait pour « optimiser » l’intégration de ces Roms dans la commune. Tout est à portée de main, facile d’accès. Il en résulte que les Roms restent cloîtrés dans leur mobil home, sans aucun contact avec le reste de la population de la commune. « Ce camp, c’est une espèce de ghetto. Les Roms ne sont pas responsabilisés par la mairie. L’intégration, ce n’est pas ça », constate Audrey, bénévole à Parada.

Difficile du coup pour les habitants, d’évacuer les clichés habituels qui circulent sur les Roms, les Manouches ou encore les Tziganes. Voleurs, délinquants, violeurs : tout y passe. Audrey se souvient, que lorsque les petits Roms se sont rendus à l’école pour la première fois, des parents d’élèves se sont plaints le soir auprès du directeur. Ils craignaient que l’on enlève leurs enfants ! « Il faut que les Roms se montrent et sortent de leurs mobil home pour prouver qu’il font partie de la population d’Aubervilliers au même titre que les noirs ou les  gadjo (Ndlr : terme d’origine gitane qui désignent les non-Gitans) », explique la bénévole.

 

Depuis la chute du dictateur Nicolae Ceausescu en 1989, la situation des Roms s'est encore agravée en Roumanie (voir par exemple dernier rapport Amnesty). Contrairement aux idées reçues, ce sont en immense majorité des sédentaires. Beaucoup leur reprochent de vivre en autarcie. Mais quand on a connu le rejet et l’exclusion au sein de son propre pays, il est d’autant plus difficile de s’intégrer à l’étranger et de s’ouvrir à l’autre.

 

A la fin de l’atelier, je me rends dans l’un des mobil home. A l’intérieur, il fait chaud. Le décor est éclectique. Entre un buffet en bois, une quantité de fleurs multicolores en tissus et une gravure de la Mecque, trône un grand poste de télévision. Une dizaine de Roms nostalgiques visionnent la vidéo d’un mariage en Roumanie. Tous ont l’air absorbés par les images. Ils m’offrent à boire. Après quelques minutes, les femmes se mettent à danser dans la pièce au rythme de la musique qui ponctue la fête des mariés. Les hommes rient. Dehors, il pleut à torrents.

 

Raphaëlle Thomas

    

 

extramuros -

Réactions des internautes

ELTOTO
Mardi 18 Décembre 2007, 10:03
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VOUS AVEZ DIT EUROPE ?
À l'heure où notre cher Président s'apprête à faire passer incognito un Traité soit disant mini et simplifié dans lequel ne figure même plus La Charte des Droits Fondamentaux (mais tout le reste oui rassurez-vous), il est bon de rappeler que malgré la soit disante "libre circulation des personnes et des biens", 'il existe plusieurs catégories d'Européens parmi lesquels les Roms continuent à être considérés comme des parias à mettre à l'écart. Vous avez dit Joyeuses Fêtes ?

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Shedd
Vendredi 21 Décembre 2007, 07:40
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Springdale
The Christmas Holiday Season is warmed and enlivened with traditions. From the colors of falling leaves and Halloween costumes,Settlement loans through turkey-roasting and apple pie scents carried on crisp autumn air, our excitement builds with the sense memories of childhood.

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