Des bidonvilles d’Aubervilliers à ceux de Saint-Ouen
Mercredi 28/11/2007 | Posté par extramuros
Suite à notre article sur le relogement de quelques Roms dans des mobil home, à Aubervilliers (93), nous sommes allées à la rencontre de ceux qui n’ont pas été sélectionnés par la Mairie pour participer au projet. Expulsé il y a un an du camp où il vivait à Aubervilliers, Alessandro (nous avons changé son nom) s’est réfugié à Saint-Ouen avec sa famille. Portrait.
A l’ombre de l’usine d’incinération de traitements de déchets de Saint-Ouen, deux camps de Roms côte à côte entourent un immeuble désaffecté. La fumée nauséabonde qui émane des poêles de fortune installés dans les baraquements se mêle à celle que dégagent les ordures brûlées. Les hommes multiplient les allers-retours en vélo en traînant derrière eux des morceaux de bois pour alimenter les feux. Dans ces camps, encore une fois, ni eau ni électricité. Leurs « barakas » faites de planches de bois, de tôle et de ferraille en tous genres, baignent dans la boue et les détritus qui jonchent le sol. Ni caravane ni mobil home. Des Roms venus d’Aubervilliers s’y sont installés après la vague d’expulsions qu’a connu la commune suite à l’incendie d’un des camps. A l’époque, certains d’entre eux s’étaient portés candidats au projet que proposait la mairie et qui visait à les reloger dans des mobil home. Seuls 80 d’entre eux avaient été sélectionnés. Les autres étaient partis. Certains en Roumanie, d’autres dans des communes de Seine-Saint-Denis. Comme ici.
C’est au rez-de-chaussée du bâtiment en ruines que nous rencontrons Alessandro. Casquette blanche et noire à l’américaine, catogan, sweat blanc et treillis, le jeune homme raconte à voix basse. Il fait noir, le poêle éclaire faiblement la pièce où toute la famille habite. Agé de 16 ans, il vit à Saint-Ouen depuis un an avec ses grands-parents, ses parents, sa sœur et sa nièce. Ils ne peuvent pas retourner à Aubervilliers. « Ils ont mis des maîtres-chiens », raconte-t-il. Depuis son arrivée en France, il y a six ans, il a « fait une dizaine de camps ». « C’est partout pareil, ça ne change rien. »
Un des rares à parler français, il n’a pourtant pas été sélectionné dans le cadre du projet d’intégration de la mairie d’Aubervilliers. « Pour les bungalows, ils ont dû choisir les plus pauvres, les malades, ceux avec beaucoup d’enfants », pense-t-il. Il est venu à Saint-Ouen parce qu’une de ses tantes y habitait déjà. « On connaît beaucoup de gens. On a de la famille un peu partout », sourit-il. En ce moment, il vend le journal « Sans-logis » à Saint-Lazare et à Montparnasse. « Ca marche même si c’est pas facile. Je n’aime pas insister auprès des gens ».
Alessandro a eu de la chance. Il y avait une pièce de libre au rez-de-chaussée de l’immeuble. Il faut dire aussi que son grand-père était le chef de plusieurs camps à Aubervilliers et qu’il l’est devenu ici. « On a nettoyé et fait le ménage, raconte-t-il, on a trouvé des meubles et des associations nous ont donné des matelas et des couvertures. » Dans la pièce, un buffet trône entre deux lits doubles, des guirlandes de Noël pendent à des lampes qui ne marchent pas. Une musique s’élève. Ca vient de dehors. C’est l’orchestre du camp qui répète.
Alessandro raconte qu’une autre de ses sœurs vit aujourd’hui dans l’un des mobil home d’Aubervilliers. « C’est parce qu’elle s’est mariée avec un homme d’un autre terrain : celui qui avait pris feu. » « Bien sûr qu’elle est contente là-bas, ajoute-t-il, mais ils ont six mois pour trouver du travail ». S’ils n’en trouvent pas, ils ne pourront plus participer au programme d’insertion. Le jeune homme se souvient qu’au début il ne pouvait pas rendre visite à sa sœur. C’était interdit. Aujourd’hui, il lui suffit de montrer ses papiers « mais, dit-il, je ne veux pas trop y aller. Je ne veux pas leur causer de problème ».
Alessandro a appris le français en jouant au foot avec des jeunes qui habitaient près des camps où il a vécu, « des Arabes français», précise-t-il. Il sait lire mais pas écrire. Il aimerait bien aller au lycée mais n'a toujours pas de nouvelles des tests qu’il a passés il y a longtemps. Alessandro sourit quand on lui demande ce qu’il veut faire plus tard : « Peut-être retourner en Roumanie…mais j’ai quitté ce pays quand j’avais dix ans. Je n’y suis pas retourné. J’ai grandi ici. »
Elisa Mignot et Raphaëlle Thomas

Commenter l'article



Alexandra 
Réactions des internautes
Lundi 3 Décembre 2007, 19:58
Signaler un abus
c'est la suite de celui sur aubervilliers
Répondre -