La déscolarisation des Roms n’est pas une fatalité
Mardi 22/01/2008 | Posté par extramuros
Pour les enfants roms ou tziganes, l’insertion scolaire n’est pas chose aisée. Du fait de leur mode de vie, il leur est souvent difficile de s’intégrer dans une classe. Du coup, absentéisme et déscolarisation sont monnaie courante pour ces enfants issus d’Europe centrale.
Quand on demande à Estrella (tous les prénoms ont été modifiés) ce qu’elle veut faire plus tard, elle répond : « Je veux être Boucle d’Or ». Estrella, elle, est brune et ses cheveux sont lisses. Née en Roumanie il y a sept ans, c’est à l’école élémentaire Victor Hugo de Saint-Ouen, (Seine-Saint-Denis), que la petite Tzigane a découvert ce conte folklorique. Il y est question d’une maison très agréable dans laquelle une enfant trouve refuge et où il fait bon vivre. A la différence de Boucle d’or, Estrella n’a pas de maison à proprement parler. Elle vit dans l’un des camps délabrés qui font face à l’usine d’incinération de déchets de Saint-Ouen. Un taudis.
Installée depuis un an dans le hall d’un immeuble en ruine entouré de « barakas » faites de tôles, la famille d’Estrella vit sans eau ni électricité. Ironie du sort, le bâtiment se situe sur un terrain appartenant à EDF. En guise de chauffage, elle a installé un poêle défectueux, dont la fumée, au lieu d’être évacuée au-dehors, emplit la pièce d’une brume toxique et nauséabonde, mélange de plastique et de bois calcinés. «Récemment, des gens de la préfecture sont venus pour nous prévenir qu’à partir du mois de mars, nous risquions d’être expulsés », affirme Diana, la mère d’Estrella. Depuis leur arrivée en France il y a cinq ans, la famille a déjà vécu une dizaine d’expulsions. Chaque fois, le même scénario se reproduit : « la police vient dans la nuit, nous demande d’évacuer les lieux, puis nous gagnons un nouveau camp en Seine-Saint-Denis ». Cette précarité, Diana l’accepterait sans broncher si ce n’était l’inquiétude grandissante qui la gagne lorsqu’elle songe à son unique fille scolarisée depuis à peine plus de quatre mois.
Cela fait plus d’un an que Diana bataille sans relâche pour inscrire Estrella à l’école. Un an, que cette jeune femme analphabète fait d’incessants allers-retours à la mairie de Saint-Ouen pour permettre à son enfant de réaliser un rêve qu’elle n’a jamais pu caresser en Roumanie : étudier. « Je ne suis pas allée à l’école. C’est important que ma fille y aille car c’est difficile de gagner sa vie sans savoir lire ni écrire ». Célibataire, Diana vend des journaux à Paris, entre les gares Montparnasse et Saint-Lazarre. Aujourd’hui, elle a récolté la modique somme de vingt euros. « Lorsque je travaille, je n’emmène jamais ma fille avec moi. Elle en souffrirait. Je ne veux pas quelle ait la même vie que moi ». Après avoir essuyé plusieurs refus de la municipalité, officiellement faute de places, Diana est finalement parvenue grâce à l’aide d’une association, à inscrire Estrella à l’école. En l’espace de quatre mois, cette dernière a appris à parler et à écrire les caractères d’une langue qui lui était totalement étrangère.
Fière de cette prouesse, la petite Boucle d’or roumaine exhibe ses cahiers, récitant en chantant les lettres de l’alphabet français. Dans ce camp composé d’environ 35 familles roms et tziganes, Estrella est l’une des seules à se rendre de façon régulière à l’école. Il faut dire que les parents sont souvent réticents à l’idée d’envoyer leur progéniture en cours. « Ils ont peur, explique Diana. Peur qu’on les expulse alors que leurs enfants sont à l’école. Peur du racisme et de l’exclusion ». De façon générale, les Roms se montrent réservés à l’égard de l’école. Selon une enquête de l’INPR (Institut national de recherche pédagogogique), en France, « l’insertion scolaire est souvent difficile en raison du mode de vie rom ». Horaires réguliers, contraintes spatiales et temporelles, frais de restauration : les règles de la forme scolaire apparaissent souvent comme contraignantes au regard des activités socioprofessionnelles des adultes. Sans parler de leur marginalisation et de la ségrégation qui subsiste à leur égard.
La nuit est tombée sur le camp. A la lueur du poêle, seule source de lumière qui émane de la pièce, Estrella termine ses devoirs pour le lendemain, allongée sur le sol. « Demain, sourit sa mère, elle pleurera à l’heure du réveil, faute de sommeil ». Pour l’heure, Boucle d’or est radieuse. S’adressant à une bande de jeunes hommes Roms qui, du fond de la pièce, rient de son enthousiasme, elle leur assène d’un ton dédaigneux : « De toute façon vous ne parlez même pas français » !
Raphaëlle Thomas

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Alexandra 
Par Anonyme