Roms : « ce sont des gens qui se sont toujours débrouillés sans l’école »

Vendredi 01/02/2008 | Posté par Raphaelle Thomas

Depuis le début de l’année scolaire, l’école élémentaire Victor Hugo de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) accueille 14 enfants Roms. Céline Tran, institutrice en CLIN, une classe permettant l'intégration des enfants non francophones, travaille avec six d’entre eux. Elle raconte.

 -- Cliquez pour voir l'image en entier
Mots-clés :

Quand elle a mis les pieds pour la première fois dans l’un des camps qui font face à l’usine d’incinération de Saint-Ouen, il y a maintenant un an et demi, le moins que l’on puisse dire c’est que Céline Tran a été surprise. « J’en avais entendu parler sans vraiment savoir dans quelles conditions vivaient ces gens-là ». A l’époque, peu de familles Roms occupaient l’immeuble EDF désaffecté, aujourd’hui entouré de dizaines de barakas faites de tôles et de matériaux en tout genre. « Aucun des enfants n’allait à l’école. Je croyais que le plus gros obstacle à leur scolarisation serait les parents. Je m’étais trompée. » Et pour cause, le plus difficile a été de les inscrire auprès de la municipalité de Saint-Ouen. Ça a été la croix et la bannière. Un vrai parcours du combattant.

 

A maintes reprises Céline Tran se rend avec les parents désireux de voir leurs enfants étudier au service enseignement de la mairie de la commune. En vain. Pas de place, absence de papiers et de justification de domicile, vaccins non faits: si les explications varient, la réponse est toujours la même. « On ne nous a jamais clairement dit non. On nous disait que ce n’était pas possible mais qu’on nous rappellerait », se souvient l’institutrice. Grâce à l’aide d’une habitante de Saint-Ouen qui fournit alors sa propre adresse pour justifier l’appartenance des enfants à la commune, et au soutien de l’association Parada, qui s’occupe de la réinsertion sociale des enfants marginalisés et notamment des Roms, la situation finit par se débloquer.

 

En septembre dernier, 14 petits Roms et Tsiganes font leur rentrée à l’école Victor Hugo de Saint-Ouen. Douze d’entre eux sont alors répartis au sein de deux CLIN (Classe d’Initiation) réservées aux enfants nouvellement arrivés en France et sans maîtrise suffisante de la langue française ou des apprentissages. Les deux autres sont admis en classes générales. « Quand ils sont arrivés, ils ne parlaient pas français, je ne parlais pas Romano. Nous communiquions par signes. » Les enfants apprennent alors rapidement à lire et à écrire : « Entre six et onze ans, l’apprentissage se fait très vite », explique Céline.

 

L’intégration se passe bien. « Il y en a qui se sont fondus complètement dans la masse mais le problème c’est qu’ils restent complètement entre eux », déplore Céline. Il faut dire que certains préjugés racistes et discriminatoires subsistent à l’école. De la part de certains enfants mais également des parents. « Un jour, une mère d’élève est venue me trouver en affirmant que si sa fille avait attrapé des poux, c’était la faute des Roms. Or aucun d’entre eux n’en avait. »

 

Selon un rapport de l’Institut national de recherche pédagogique (INRP) sur la scolarisation des Roms, ces derniers se montrent assez souvent réservés à l'égard de l'école et pensent qu'elle n'est pas indispensable pour réussir socialement et économiquement, trouver de nouveaux métiers, se former. « Ce sont des gens qui se sont toujours débrouillés sans l’école ou bien qui l’ont vécu comme un calvaire quand ils étaient en Roumanie du fait des discriminations, explique Céline. Du coup certains pensent qu’on peut sans sortir sans elle ». Certains mais pas tous. Car si l'école ne représente généralement pour les Roms qu'un élément secondaire de l'éducation, certaines familles souhaitent voir étudier leurs enfants à tout prix. C’est le cas de Diana (son prénom a été changé), mère célibataire qui s’est battue une année durant pour que sa fille unique aille à l’école (cf article précédent).

 

Autre difficulté : l’absentéisme. « Un problème de fond », selon Céline Tran. Chaque matin, les membres de l’association Parada se rendent dans les camps où sont scolarisés les enfants afin de motiver ces derniers pour aller à l’école. Ce jour là, ils n’ont pas pu aller sur le terrain. « Du coup, la moitié des élèves Roms manquent à l’appel », sourit Céline. Et si les Roms disposent en France d'un statut juridique autorisant et organisant la discontinuité de la fréquentation scolaire et son imprévisibilité ainsi qu'un nombre d'absences que les parents n'ont pas à justifier, « au bout d’un moment, certains élèves sont tout de même radiés ». L’institutrice explique que « ce sont les enfants qui décident s’ils vont à l’école le matin. Mis à par quelques exceptions, ils font ce qu’ils veulent ».

 

« Le matin, quand il leur arrive d’être en retard, j’ai peur qu’ils se soient fait expulser. Ça peut arriver n’importe quand », confie Céline Tran. Du coup, depuis qu’elle accueille de jeunes Roms et Tsiganes dans sa classe, elle a modifié sa façon d’enseigner : « Je tente de leur en faire apprendre le plus possible en très peu de temps. Au cas où ». Depuis le début de l’année scolaire, aucun des enfants n’a été victime d’expulsion. Mais il y a quelques semaines, un employé de la préfecture a fait savoir aux familles qu’elles allaient bientôt devoir quitter le terrain qu’elles occupent. Après les municipales.

 

Raphaëlle Thomas

Raphaelle Thomas -