Vers la fin des bidonvilles de banlieues ?

Jeudi 15/11/2007 | Posté par extramuros

En août dernier, la mairie d'Aubervilliers a relogé sur un terrain communal près de 80 Roms dans des mobil homes. Etape provisoire d’un projet d’insertion qui vise à terme leur installation dans des domiciles fixes. Perçue comme un modèle par les communes confrontées aux problèmes des bidonvilles, cette initiative est-elle une solution ? Nous avons cherché à en savoir plus.

Depuis quelques années à Aubervilliers, 700 à 800 Roms étaient répartis dans plusieurs campements sur des terrains privés. Ni eau, ni électricité, les conditions de vie étaient déplorables. Un incendie s'est déclenché dans l'un d'entre eux. La goutte de trop pour la mairie qui a alors décidé de mettre en place un projet d’insertion pour cette population.

 

Tous n’ont pas été retenus. Tous ne le voulaient pas. Les conditions de ce relogement temporaire étaient très strictes. « Pour les familles, il fallait faire face à beaucoup d’exigences, explique Marisol Nodé-Langlois, d’ATD Quart Monde. Apprendre le français, envoyer ses enfants à l’école, collaborer avec les travailleurs sociaux, suivre une formation puis trouver un emploi : c’est un travail intense ! » Mais ça n’est qu’une étape du projet : la condition sine qua non étant d’entamer une démarche de régularisation pour trouver dans les 3 ans un travail et un logement en dur.  « Ca n’a pas été facile de choisir des gens d’accord pour habiter plus tard au 10ème étage d’un HLM, se souvient Joël Demartini, directeur général des services de la mairie d’Aubervilliers. Certains Roms n’étaient pas capables de briser leur mode de vie. »

 

Après avoir recueillis ces témoignages, on s’est dit que le mieux serait d’aller voir par nous-mêmes sur le terrain. C’était le début d’une série de coups de fil et de mails sans réponse. Pour ça, il fallait une autorisation de la mairie qui nous a renvoyées auprès de l’Association de gestion du foyer des jeunes travailleurs d’Aubervilliers. C’est le directeur de l’association qui délivre aux médias les autorisations. Il nous a dit qu’il était très sollicité ces derniers temps par les journalistes. Bilan : pas de nouvelles ni de lui ni de Claudine Pejoux, conseillère municipale en charge des questions de solidarité, et qui s’était occupée du projet. Nous n’avons donc pas pu aller sur place. Nous étions logées à la même enseigne que les Roms vivant sur ce terrain gardé 24 heures sur 24. Pour recevoir des visiteurs, les familles doivent en faire la demande à la mairie.  « Pour les protéger d’eux-mêmes et des autres, justifie Joël Demartini. Le jour où ils auront un appartement dans un HLM et un emploi, ils recevront qui ils voudront. »

 

Initiative ponctuelle ou modèle à suivre ? Ce projet d’insertion a inspiré d’autres communes en Seine Saint Denis - celle de Bagnolet notamment - et dans les banlieues marseillaise et lyonnaise. Même si ce modèle se généralise, est-ce pour autant une solution durable aux problèmes des bidonvilles dans les banlieues françaises ? « Il faudrait que se reproduise ce travail conjoint entre l’Etat, la municipalité et les familles roms, estime Marisol Nodé-Langlois. L’Etat doit, comme à Aubervilliers, faciliter les démarches de régularisation. » Ce que confirme le directeur général des services de la mairie, Joël Demartini, même s’il considère que « le problème des Roms en France dépasse largement la simple logique d’Aubervilliers ». Il ajoute : « La commune n’est pas responsable des frontières de la France, c’est d’abord un problème d’Etat. »

 

Est-ce un arbre qui cache la forêt des expulsions dont sont victimes de plus en plus de Roms ? Le projet a coûté environ 1,5 million d’euros à la mairie et au Conseil Régional. Sur plus de 700 personnes, seules 80 sont concernées. Une dizaine ont déjà quitté les mobil homes car elles ne respectaient pas les conditions. Quant aux centaines d’autres Roms, ils ont quitté Aubervilliers. Certains sont retournés dans leur pays, la Roumanie, d’autres sont allés en province, et beaucoup se sont installés dans des bidonvilles d’autres communes de Seine-Saint-Denis.

 

Alors, oui, c’est vrai l’espoir des familles relogées dans les mobile homes est énorme, leurs enfants vont à l’école et ils devraient être régularisés prochainement. Mais à la mairie les langues se délient. En fin d’interview, Joël Demartini lâche : « La contrepartie de ce projet, c’est que l’Etat fasse  en sorte qu’il n’y aie plus de Roms à Aubervilliers ».

 

Une déclaration qui nous a étonnées et qui a interpellé Marisol Nodé-Langlois. La chargée de mission d’ATD Quart Monde a alors appelé le directeur général des services de la mairie. Sans nier l’avoir faite, celui-ci nous aurait reproché de transformer ses propos et de ne « retenir que ce que nous voulions ». Pourtant cette phrase a bel et bien été prononcée.

 

Raphaëlle Thomas et Elisa Mignot




*légende photographie: entrée du camp de Hanul à Saint Denis - octobre 2007

 

 

 

 

 

 

extramuros -

Réactions des internautes

maxx
Vendredi 16 Novembre 2007, 19:45
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j'ai l'impression qu'il s'agit d'une prison avec permission de sortie et visiteurs de prisons accompagnes

y a til un risque physique, à votre avis?
qu'etait il ecrit sur le drap pris en photo?
Les roms acceptent ils cette mise à l'ecart?

peut etre cela faciletera leur insertion, je n'en sais rien

La phrase qui vous a choque , à mon avis , est tres sage

la ghettoïsation ne peut que perpetuer les problemes

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